PLANTES ET PORNOGRAPHIES
Cie SVP / Solene Garnier
Corpus performatif et théorique
librement inspiré de la vie et de l’oeuvre d’Emma Eisenstein, ethnobotaniste et pornographe.
Danse, dessins, machines, textes.

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NOTE D’INTENTION

Plantes et Pornographies est un canular.
Un canular plein de sens et de vérité. Un canular auquel nous croyons fermement. C’est un mensonge qui interroge la vérité historique, la toute-puissance de la science; qui joue avec elles par amour pour elles.

Plantes et pornographies c’est la redécouverte des travaux anthropologiques et artistiques d’Emma Eisenstein, ethnobotaniste suisse et personnalité iconoclaste inconnue du grand public.
De ses dessins et de ses écrits, de tout ce qu’elle seule nous rapporte de son terrain chez les Kôoutaoulôs, de ses inventions irréalisées et de sa biographie tumultueuse, faire une exposition, un documentaire, un livre, une pièce de danse, des expérimentations au croisement de l’art, de la science et de l’expérience des sens.

Plantes et pornographies c’est l’occasion de creuser un sillon, de partir à l’aventure au fin fond du Mato Grosso, de découvrir les textes de Levi-Strauss, Françoise Héritier, Phillippe Descola; de faire la cueillette des plantes sauvages, d’apprendre à les connaitre, les reconnaitre, les manger, s’en servir; de s’essayer à la pornographie, de manière éclairée, ludique et excitante, de faire des photos, des dessins, inventer des technologies de rêve et fabriquer des vraies machines avec.

Plantes et pronographies, c’est l’occasion qu’on s’offre à soi-même d’inventer les danses qui parlent aux dieux, qui racontent l’origine des humains, qui soignent la folie ou redonnent le goût des autres.
D’inventer des musiques en se disant qu’elles existaient déjà, d’utiliser des guitares électriques et des synthétiseurs analogiques pour interpréter des chants traditionnels inventés de toutes pièces, ou encore le bruit du bois et de l’eau.
De se livrer à des pratiques érotiques avec des plantes, vieilles de milliers d’années, qui auraient été inventées par un peuple plus doux, plus sage, plus joyeux.

De faire des dessins sans avoir peur que l’inspiration flanche puisque l’inspiration ne vient pas de toi mais d’une vieille savante qu’on prend pour une folle.

D’inventer un corpus scientifique et une pensée qui auraient le droit de piquer des idées à tout le monde, puisqu’elles les devance dans le temps. Finalement ça aussi, retourner la roue du temps, la faire repartir à l’envers.

Nous voulons, à travers ces pratiques, interroger, tordre ou tresser des liens entre tradition et invention, réalité et fiction, nature et technologie.

Et le but n’est jamais de mystifier! Bien au contraire: il s’agit de libérer la pensée et l’imagination. De tester aussi quelle valeur prennent nos propres découvertes si on les habille du voile de l’Histoire, de la Science ou de la folie.
Tout simplement de jouer avec la science, la « nature » et l’histoire et les interroger avec les armes de l’art.
C’est enfin pour nous une manière de titiller la vigilance de nos interlocuteurs à l’époque d’internet, des fake news et de la foi parfois aveugle dans les institutions, de changer le monde (à rebours) et enfin d’affirmer que la limite est toujours poreuse entre réalité et fiction.

 

UN SPECTACLE EN -4- TEMPS

1- L’EXPOSITION

Elle s’apparente à un cabinet de curiosités, dans le plus pur style de la collection personnelle du pape du surréalisme André Breton. C’est une présentation pêle-mêle et plutôt baroque de la vie d’Emma Eisenstein, de ses recherches, de ses oeuvres, de ses inventions.

Cette collection comprend: des écrits théoriques, principalement sur les Kôoutaoulôs (Présentation des pratiques sociales des Kôoutaoulôs: massage de plantes, repas communautaires…), correspondances, photos, dessins ethnographiques et pornographiques, enregistrements sonores, objets traditionnels, machine(s) pour communiquer avec les plantes, créer des objets avec son désir, etc (prototypes conçus par Eidenstein et réalisés par nos soins).

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2- NI LÀ, NI LÀ: la danse.

Danse + musique live, un ovni chorégraphique, graphique et intime qui cherche sa place entre folie et précision scientifique, entre prise de risque et soulagement, entre érotisme et jovialité.

L’exposition s’occupe de la partie théorique et cérébrale du projet, la performance, elle, est résolument émotionnelle. C’est un autre langage, qui parle directement aux tripes et à l’inconscient, qui joue avec la peur et sa résolution, avec le désir, la honte, l’empathie.
Les éléments scénographiques sont:
les instruments avec lesquels nous jouons : guitare électrique, synthétiseurs, vrais-faux instruments primitifs (lutherie sauvage, objets quotidients microphonés), percussions, machines.
des plaques fines de contreplaqué qu’on peut composer tel un château de cartes en équilibre instable. Ils peuvent représenter les  Sumaúmas géants de la forêt amazonienne, les décors à la Méliès du studio photo clandestin d’Eisenstein, ou la construction fragile de ses souvenirs.
quelques-unes des machines prototypes inventées par Eisenstein
un « coin cuisine » pour nos expérimentations culinaires
des plantes: vivantes, peintes, comestibles, vénéneuses, branchées sur des machines.

Quelques précisions en ce qui concerne nos intentions chorégraphiques:
Faire des gestes qui aient de l’épaisseur et du sens: soit parce qu’ils sont une nécessité intime, soit parce qu’ils sont une nécessité d’action, soit parce qu’ils sont magiques et donc ont un véritable effet sur le monde.
C’est pourquoi nous faisons cueillette dans plusieurs clairières:

danger, transe, maladie /
martialité, chasse, nourriture /
magie, pouvoir /

D’autre part nous affectionnant piocher dans les vocabulaires qui nous parlent:
rituel tradition, rituel « pathologique », rituel de survie.
bûto
la dérision, le raté, le moche, le taré
les système d’organisation biologique. Du point de vue de leurs fluides, de leurs vitesses, de leurs rapports intérieur/extérieur. De là nous voulons explorer les deux systèmes qu’on oppose communément: humains/animaux et les systèmes végétaux; et fouiller la possibilité des passages entre les deux par fusion, superposition ou devenir.

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3- UNE DISCUSSION AVEC LE PUBLIC

Pour ceux qui ne sont pas venus voir l’expo;
pour ceux qui n’ont rien compris;
pour ceux qui auraient bien quelques questions à poser;
pour ceux qui ont quelque chose à dire;
pour ceux qui n’ont rien à dire mais veulent parler quand même;
pour ceux qui aiment papoter à la fin du spectacle;
pour parler cul;
pour se détendre;
pour apprendre à se connaître;
pour désacraliser la scène;
pour glisser doucement vers le final.

 

4- LES ENTRE-SORTS:
EXPÉRIMENTATIONS SONORES, TACTILES ET GASTRONOMIQUES

Incluent et intègrent le spectateur de manière active.
Entre spectacle et workshop, on (se) fait des massages sonores, danses tactiles, on reconstitue des rituels gastronomiques et érotiques des Kôoutaoulôs, on prépare et on déguste les herbes sauvages cueillies dans la matinée.

Les spectateurs sont invités à utiliser les machines inventées par Eisenstein (machines pour communiquer avec les plantes, transformer des caresses en objets manufacturés etc…), les machines sonores végétales, ainsi que les instruments de musique concrète acoustique.

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MODES ET LIEUX DE RECHERCHE

ESPACES

J’imagine un lieu commun où serait installée l’exposition, puis se dérouleraient les performances et la discussion. Les spectateurs seraient assis, allongés, alanguis, ou debout et mouvants, sur un mobilier varié, des tapis, des cousins, comme un salon installé au milieu de la forêt… Mais d’un coup, grâce à des jeux de lumière ou en utilisant les planches de contreplaqué on pourrait faire disparaitre tout ça et se retrouver dans un espace à la neutralité d’un white cube.

On pourrait très bien s’installer dans
un jardin botanique,
une friche industrielle,
une zone désaffectée où la nature a repris ses droits,
un parc,
une forêt,
un théâtre national,
une grange,
en plein centre-ville,
un centre socio-culturel,
un appartement bourgeois,
un hôpital psychiatrique,
sur la plage.

 

RESIDENCES et ATELIERS

Pour inventer cet espace, ainsi que le lien entre les 4 moments de la performance et explorer l’aspect participatif de certains de ses moments, il est nécessaire de mettre en place au cours de nos résidences de nombreux moments d’échange avec le public.

Aussi bien sous forme de sorties de résidence pour tester en direct l’effet de nos propositions sur un public de spectacle, que sous forme d’ateliers où on pourra interroger/explorer de manière sereine, collective et continue avec toutes sortes de participants les thématiques que nous abordons (anthropologie, canular historique/fake news, canular scientifique, sexualité/pornographie/érotisme, botanique moderne/redécouverte des simples, etc).

D’autre part, et également dans la continuité de notre recherche que par goût du partage, nous animons volontiers des ateliers faisant recours à nos outils artistiques: danse contemporaine et butô en salle et en extérieur, équilibre, musique actuelle et/ou expérimentale.

J’aimerais effectuer 2 sortes de résidences:
– certaines avec toute l’équipe pour travailler l’ensemble du projet, en particulier les aspects scéniques et participatifs.
– certaines seule ou à deux pour travailler sur les objets de l’exposition (dessins, textes, machines), et la recherche en botanique.

 

VOUS AVEZ DIT PORNOGRAPHIES?

Oui pornographieS, pas pornographie.
Parce qu’il y a une multitude de pornographies, comme autant de cultures, d’intériorités, de fantasmes, de marchés.
Parce que Plantes et Pornographies, c’est un beau titre.
Pour provoquer un peu aussi.
Pour interroger cette zone d’ombre omniprésente mais volontiers voilée.
Pour être sincères et briser des tabous.
Pour devenir intimes.
Par esprit de camaraderie ludique.
Pour dès le départ dépasser du cadre confortable et esthétisant de l’érotisme.
Pour interroger la limite même entre érotisme et pornographie.
Parce que c’est un fait social et donc anthropologique de 1ère importance.
Pour ne pas laisser aux phallocrates capitalistes le beau domaine de la stimulation visuelle et théâtralisé de l’excitation sexuelle.
Parce que nous voyageons dans la sphère des pulsions, de l’ombre, du caché, du dangereux.

Remarque: d’après cet extrait de la définition de « pornographie » dans le Dictionnaire historique de la langue française (Robert- dirigé par Alain Rey)
« Par extension (…) désigne la représentation directe et concrète de la sexualité, de manière délibérée, en littérature, dans les spectacles. Le mot et ses dérivés conservent, malgré la chute des tabous et les autorisations administratives, un caractère de transgression qui l’oppose à érotisme, érotique, licencieux et le rapproche d’obscène. »,
on pourrait même considérer le sexe au théâtre comme immédiatement pornographique.

 

L’ÉQUIPE

SOLENE GARNIER: mise en scène, dessins, musique

est musicienne multi-instrumentiste, danseuse extatique, metteur en scène.
Après 11 ans passés à Berlin et dans toute l’Allemagne à collaborer avec divers metteurs en scène, chorégraphes et compagnies dont la cultissime Das Helmi, inventeurs du Trashpuppentheater dont elle fait partie depuis 2012 et signe une première mise en scène en 2017, Stalker, elle revient en France pour monter la compagnie SVP et porter ses propres projets, à la croisée de la performance chorégraphique et musicale et des arts plastiques, parmi lesquels Moulax et Plantes et Pornographie.

Forte de riches expériences dans les domaines de la danse contemporaine (notamment avec la Cie La Zampa/Magali Milian Romuald Luydlin ou les chorégraphes Dasniya Sommer et Daphné Achermann) et du théâtre institutionnel (Joachim Schloemer, Felicitas Braun), elle poursuit en parallèle son activité de musicienne/performer en collaboration avec divers metteurs en scène (Johan Swartvagher, Voel Martin), ou en solo (Viriya).
https://solenegarnier.com/

 

DAVID BOUGNOT: danse, performance, clown.

Ma recherche artistique s’appuie sur diverses influences autour du clown, de la danse, du cirque et de la performance. Je me forme à la FAAAC – Formation Autogérée – avec entre autres Ludor Citrik, Florent Bergal, Jean Daniel Fricker, Hugues Hollenstein, Sumako Koseki.
Par la suite je continue d’explorer le jeu et la danse libre, intuitive et kinesthésique et affine mes qualités en Butô (Gyohei Zaistu, Ko Murobushi), en présence scénique (Alexandre Del Perugia), en clown et BMC (Eric Blouet, Stépahne Léchit, Dorothée Dall agnola).

J’ai à ce jour réalisé 3 spectacles de manière autodidacte et hétérodidacte: LA FLEUR AU FUSIL – Danse et musique – ; TOUT CECI PEUT-ÊTRE POUR RIEN – Équilibre précaire, et PYRAMID INVADERS. Parallèlement j’ai joué avec diverses personnes ou compagnie dont la Cie PASSAROS (Emilie Borgo), la Cie VÉICULO LONGO, Les Chercheurs de Djalma avec Ephia GBUREK, ainsi qu’avec Noëlle DALSACE.

Aujourd’hui, je continue d’explorer un jeu polymorphe à tendance bouffonesque et très physique à travers de nouvelles créations personnelles : APACHE BÉTON – Acte performatif bouffon dans l’espace public, LE SINGE NU – Farce ubuesque, et de nouvelles collaborations : MOULAX – concert performatif, PLANTES ET PORNOGRAPHIE – Danse / performance.
Je prends le parti que « Jouer » est un acte politique en soi et que cela sauvera le monde.

 

BENOIT BORNES: musique, danse bwiti.

Benoit Bornes est guitariste, apprenti-shaman, révolutionnaire et anarchiste.
Ma mère étant musicienne j’ai baigné dans la musique depuis ma plus tendre enfance. J’ai commencé la guitare à 9 ans mais je suis très vite sorti de l’apprentissage académique. À 20 ans, autodidacte, j’ai participé à divers projets rock et punk puis j’ai développé un intérêt pour les musiques traditionnelles, le jazz puis l’improvisation libre.

Guitariste et percussionniste, en parallèle je me suis formé à la musicothérapie et, en toute logique, au chamanisme et plus particulièrement au “Bwiti” de la branche “Mitsogho, Gondé”, tradition du Gabon où je me suis fait initier en 2017. En 2009 j’ai participé au “Work In Progress Arts Meeting” organisé par la FAAAC (Fabrique Alternative et Autogérée aux Arts et à la Création) en Pologne, ce qui m’a conduit à jouer pour des créations de danse, cirque actuel et théâtre de rue.

Aujourd’hui je participe à plusieurs projets mêlants musiques actuelles expérimentales, improvisations libres et spectacle vivant.
Plus précisément:
Actuellement je participe à l’élaboration d’un duo de musique expérimentale.
Depuis 2012 guitariste dans le spectacle “Ceci n’est pas un urinoir” Cie “Martine à la plage” (L’incubateur Production), diverses résidences, La Vilette (Paris), Pôle sud(Strasbourg), Le Manège de Mons (Mons, Belgique), CCNO (Centre National Chorégraphique d’Orléans)…

 

JULIETTE ZANON: danse, dessin.

Artiste outsider.

D’abord circassienne, Juliette Zanon se forme à l’école préparatoire de cirque de Lyon (Ménival) puis au Lido, centre des arts du cirque de Toulouse. Poursuivant en parallèle une activité de musicienne accompagnatrice en séjours de vacances pour enfants et adultes handicapés avec « grandes dépendances mentales ».

Sur scène, on la retrouve notamment en tant que manipulatrice, comédienne et dessinatrice pour Cupidon…, le sculpturOpéra de Gilbert Peyre, ou sur ses propres créations.
Parallèlement, elle nourrit sa recherche scénique et artistique par la pratique régulière de danse Butô avec Gyohei Zaitsu depuis 2007, d’Aïkido et de Tai Chi Chuan.

Atteinte d’un eczema violent, « dermatite atopique résistant aux dermocorticoïdes », elle se tourne de plus en plus vers le dessin: elle est depuis 2015 artiste associée à la galerie Le Coeur au ventre/ galerie d’art singulier, et a effectué de nombreuses expositions et créations in Situ, notamment chez Phillipe Durand ou encore sur le M.U.R. de St-Etienne.

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ETAT D’AVANCEMENT DU PROJET

Au printemps 2017 j’ai réalisé, aidée par ma stagiaire des Beaux-arts de Bourges (et homonyme! ) Solène Garnier une exposition à la galerie Ventilator à Berlin, présentant des dessins d’Eisenstein, répartis en deux périodes:

des dessins ethnographiques, botaniques, érotiques et pornographiques datant des années 20 réalisés à la plume et encre noire, accompagnés de textes d’observation chez les Kôoutaoulôs, de théorisation anthropologique d’Eisenstein sur les pratiques observées.
des dessins pornographiques et fantasmagoriques, très colorés, datant des années 60, réalisés par Eisenstein, malade d’Alzheimer, à New York.

Ainsi que :

quelques enregistrements de chants et de fieldrecordings datant de la même période (de la bibliothèque personnelle d’Eisenstein), environ 5 minutes de mix.
le Biorgasmatron, machine designé par Eisenstein dans les années 50 et réalisée spécialement pour Plantes et Pornographies. Une machine traduisant les réactions chimiques de la plante en signaux électriques réinterprétés numériquement par un programme les traduisant en gémissement par le biais d’une bibliothèque de samples. Nous permettant une prise de contact tactile et érotique avec des plantes branchées au Biorgasmatron.

Ce que nous aimerions réaliser de plus pour l’exposition future:
plus de dessins des deux périodes
des photographies
plus de textes (descriptions précises de rituels, correspondances)
des objets ethnographiques
d’autres machines

Pendant l’été 2017 nous avons également réalisé une première résidence informelle et autoproduite de prise de contact et de recherche libre dans les domaines de la composition musicale et chorégraphique avec les 4 interprètes, au collectif du Poulailler en Anjou / Cie Martine à la plage.

Toutes les images présentées dans ce dossier proviennent de ces deux étapes de travail.

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COMPLÉMENT D’INFORMATION À PROPOS D’EMMA EISENSTEIN

Emma Eisenstein, née à Genève en 1883 et décédée à New York en 1969 était ethnobotaniste, anthropologue et artiste. Inconnu du grand public, son travail est le seul à documenter un peuple fascinant, exterminé dans les années 50 par les conséquences de la colonisation du Brésil, les Kôoutaoulôs, dont elle rapporte une documentation des mœurs sociales et écologiques, ainsi que nombre de croquis précis de leur vie quotidienne et des plantes qu’ils utilisent.

Sa vie est tumultueuse. Jeune étudiante en botanique à Genève, muse et peintre dadaiste, fondatrice d’un studio de photos pornographiques et féministes à Zurich, ethnobotaniste puis anthropologue dans le Mato Grosso brésilien, militante pour les droits civiques des peuples indigènes puis des noirs américains, elle finit ses jours seule dans une chambrette, atteinte de la maladie d’Alzheimer, dessinant compulsivement sur tout ce qu’elle trouve des scènes principalement pornographiques ainsi que des paysages luxuriants et fantasmagoriques.
J’ai trouvé ses manuscrits, dessins et archives dans le grenier de la maison où je logeais lors d’une résidence de création à Zurich.

Extraits de notes d’Emma Eisenstein à propos des Kôoutaoulôs:

« Les Kôoutaoulôs entretiennent donc des pratiques que je qualifierais de sensuelles avec plantes et animaux.
Plus particulièrement d’ailleurs avec les plantes. Les longs massages utilisant des branches, feuillages, fleurs, fruits, terre auquels ils s’adonnent m’ont d’abord fait croire qu’ils utilisaient la plante comme une sorte d’accessoire érotique. Mais en constatant de nombreuses pratiques qui semblent se concentrer au moins également sur le plaisir de la plante j’ai dû me rendre à l’évidence qu’ils ne les considéraient pas au sein de ces pratiques comme des accessoires médiatisant des rapports entre humains, mais comme des individus participant à ces échanges. »

« Les Kôoutaoulôs ne se nourrissent jamais seuls, ils partagent littéralement leur nourriture. À l’instar du paradis de la fable chinoise*, les individus ne portent pas la nourriture à leur propre bouche, mais à celles de leurs divers voisins. Les repas sont ainsi une ronde libre et sensuelle. Cette pratique pourrait leur avoir été inspirée par l’oiseau Totem qu’ils appellent Pikkitakôlô, nom qu’on pourrait traduire par “mon sang coule dans tes veines”.
Le repas communautaire se déroule de la sorte: ils forment de petits groupes variables et mouvants autour d’assemblages de différents mets sur d’immense feuilles de bananier ou de Jokutundôle. Chacun prend une petite bouchée dans sa main et la porte à la bouche d’un de ses voisins(… )»

« Leurs commerces donnent l’impression générale d’une intimité simple, empreinte de camaraderie, et pourtant profonde. Ce que les Européens s’autorisent au mieux dans l’excitation et la perte de soi de l’acte sexuel, ils le partagent aisément avec de multiples partenaires et semblent en retirer un plaisir profond.
Bien différemment de nos traditions où l’on ne touche personne sauf ceux ou celles avec qui l’on possède une intimité reconnue par la société, les Kôoutaoulôs au contraire ont des rapports sexués ou tendres avec des partenaires illimités du groupe, et comprenant, du point de vue de leur totémisme, humains et non-humains. Il existe pourtant une norme si le rapport a lieu entre homme(s) et femme(s) qui réserve alors l’éjaculation à l’intérieur du vagin à des couples officiellement mariés. »

« Ces rapports sensuels et sexuels des Kôoutaoulôs sont réalisé de préférence entre membres d’un même groupe totémique. Il ne s’agit pas d’une homologie entre classes naturelles et classes culturelles, mais d’une appartenance commune de certains humains et de certains non-humains à une classe définie par une qualité princeps, qui est hypostasié dans un animal-totem.

C’est pour cela qu’on a ici un système de conceptualisation des continuités et des discontinuités entre humains et non-humains qui introduit une nouvelle formule, par rapport à l’animisme et au naturalisme. En effet on se trouve ici face à des ensembles de qualités physiques et morales partagées par des humains et des non-humains, qualités qui les rendent identiques parce que issus d’un même moule ontologique, d’un même prototype. Et chacun de ces assemblages d’humains et de non-humains est différent d’autres assemblages, lesquels sont caractérisés par d’autres qualités. On retrouve donc des opérations de répartition de propriétés tant physiques que morales entre les êtres du monde, comme dans l’animisme et le naturalisme, mais on aboutit dans ce cas à des classes d’êtres mixtes définies par des qualités relativement abstraites.

Cette troisième formule contraste ainsi avec celle de l’animisme, définie par la continuité des intériorités entre humains et non-humains et la discontinuité des dispositions physiques, mais aussi avec celle du naturalisme, définie par la discontinuité morale entre humains et non-humains, et la continuité physique entre tous les êtres. Elle met l’accent sur le fait qu’il y a une continuité morale et physique à l’intérieur d’un ensemble d’humains et de non-humains, mais une discontinuité à une autre échelle, entre chacun de ces blocs d’humains et de non-humains qu’on appelle les « groupes totémique »

Je souligne au passage qu’un groupe comprend généralement un petit nombre d’animaux et un grand nombre de plantes. Ce sont les individus (humains et non humains) de son groupe auquel on s’associe préférablement mais pas exhaustivement, sous forme sociale, sexuelle ou de consommation (nourriture, remède, parure, accessoire.) »

CALENDRIER PRÉVISIONNEL

Janvier-Mars 2018:
recherche de résidence pour développer le projet concrètement. Finalisation du travail théorique.

Mars 2018 – Octobre 2019:
diverses résidences ou moments de recherche, développement des aspects chorégraphiques, musicaux, plastiques du projet.
Avec, en fonction des partenaires, ateliers et sorties de résidence.
En gras les lieux où les résidences sont actées, en italique là où nous faisons des demandes.

Mai 2018: Week-end de recherche/expérimentations/rencontre de complices pour la fabrication de machines au HackLab de Mix’art Miris (Toulouse)
Juin 2018: Week-end de cueillette et dessins de plantes sauvages avec l’ethnobotaniste Grégori Lemoine (Drôme)
Juillet 2018: Résidence de 10 jours au Poulailler Collectif (Anjou)
Automne 2018: Résidence à Format Danse (07)
2019: Résidence à Mix’art Myrys (Toulouse)
2019: Résidence à 3bisf (Aix-en-provence)
2019: Résidence à Superstrat – Regards et mouvements (42)

Automne 2019: Première.

BUDGET
tous les montants sont en euros.

TOTAL CHARGES 19.800

SALAIRES 14.400
20 Jours de résidence payé pour 4 personnes
Cachet de 180 euro brut
Artistique 14.400

ACHAT MATÉRIEL 1.300
Scénographie 500
Costumes 100
Lumière 300
Son 400

CHARGES DE RÉSIDENCE 3.700
Déplacements 3.000
Nourriture 700

FRAIS ADMINISTRATIFS 400

TOTAL PRODUITS 19.800

COPRODUCTION 11.000
3 Bis F 5.000
Format Danse 3.000
La vache qui rue 1.000
Superstrat – Regards et mouvements 2.000

ACHATS SORTIE DE RÉSIDENCE / PRÉ-ACHATS 5.800

AUTO-FINANCEMENT 3.000

 

CONTACT

Cie SVP (association Exhale)
N° SIRET : 805237906/0002/1
Solene Garnier
Montama Haut
05140 St Julien en Beauchène

0764266891
solenegarnier@yahoo.com
solenegarnier.com

Version 2

 

 

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