lepetitjournal.com 20.06.2014

THE SO LAME MUSIC SHOW – « L’art, c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art »

 

De la musique, du chant, du théâtre, le tout mixé dans un show hilarant, sans complexe et parfois très déjanté. Bienvenus dans le The So lame music show, créé de toute pièce par Solène Garnier, artiste (presque) entièrement autodidacte et qui se produit aussi bien en solo que dans des collectifs. Rencontrée cette semaine, elle a accepté d’en dévoiler un peu plus sur elle au Petit Journal de Berlin.

 

Une performance. Aucun autre mot ne peut aussi bien décrire le spectacle proposé par Solène Garnier, aussi bien musicienne que chanteuse ou encore comédienne. Une touche à tout qui ne cesse de vouloir ouvrir encore plus ses horizons. “J ‘adore des styles très opposés, de la diva au jazz mais aussi de la musique expérimentale, ou encore la musique du monde, du coup, c’est assez difficile de mettre un mot sur ma musique“, explique Solène. Et de citer Federico Garcia Lorca lors d’une conférence à New York en1930 :“Manuel Torres, grand artiste du peuple Andalou (…) eut ce mot splendide : “Tout ce qui a du son noir a du son duende ” (…) Ces sons noirs sont le mystère, les racines qui s’enfoncent dans le limon que nous connaissons tous, que nous ignorons tous, mais d’où nous parvient ce qui est la substance de l’art.”

 


Et lorsque l’on lui demande de se définir elle-même, la réponse n’est là aussi pas si simple : “A singer/song writer… en fait lorsque l’on me demande ce que je fais, je ne vois pas trop quoi répondre car, même dans la compagnie dans laquelle je travaille, on fait des marionnettes mais aussi un peu de tout, confie la jeune Française originaire de Paris, parfois j’ai des complexes à ce sujet et essaye de faire des concerts uniquement de musique mais en réalité je m’amuse qu’en mélangeant les styles et les genres”, dit-elle en riant.

Aussi pétillante et naturelle dans la vie que sur scène, pour Solène, la prestation artistique ne se limite pas à un domaine précis, mais se compose d’un mélange de différents arts, une conception, selon elle, plus en phase avec la réalité. “Pour moi, juste une pièce comique ou dramatique, juste un concert, c’est ça qui est bizarre car trop unidirectionnel et la vie n’est comme ça, elle est plutôt faite de contradictions”, confie-t-elle. Et de poursuive : “L’art et la vie doivent dialoguer en permanence et il ne faut ne surtout pas les séparer, avant de se rappeler une citation : “L’art, c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art”. Une définition qu’elle applique à son spectacle à la fois trash et soigné, délirant et musical, dans lequel on peut passer de la musique électro, punk, déjanté à un magnifique chant a cappella.

 

 

Un show unique et original
Le dernier show de Solène s’est déroulé lors de la projection de la série Bref, les Français de Berlin réalisée de jeunes français (https://www.youtube.com/watch?v=K2LmP_E-1l4&feature=youtu.be) et, auquel le Petit Journal de Berlin a assisté. Une belle découverte !
Après avoir attiré la foule de l’extérieur vers l’intérieur à l’aide de sa voix hypnotisante et du son émanent de son jeu de pandeiro, c’est déguisé en banane que l’artiste refait son apparition sur la petite scène d’une des salles de la Theater Haus de Mitte. L’attention du public est gagnée, le show peut commencer ! En interaction constante avec les spectateurs qui deviennent eux-mêmes acteurs de la prestation, Solène laisse totalement l’inspiration de l’instant s’exprimer.“Des fois, je m’en rends pas toujours compte, mais je vais peut-être trop loin…une fois je me suis même roulée une pelle avec une spectatrice d’une cinquantaine d’année”, se rappelle Solène le sourire aux lèvres.

 

Ainsi lorsqu’une des personnes du public parle à haute voix pendant une des chansons de Solène, l’interpellation ne se fait pas attendre. “Et les deux au font là bas qui parlent de fellations !”,  lance-t-elle d’un ton teinté d’humour noir. Cette même personne sera ensuite invitée à participer à une prestation intitulée “the story of the soul”. Le public est hilare ! Mais derrière cette performance aux allures délirantes et aux interventions directes de l’artiste à l’attention du public, chaque morceau renvoie à un message qu’il soit politique ou/et social. “Mes deux thèmes récurrents sont le sexe et la mort”, explique Solène d’un ton des plus naturels. Ainsi pour parler de la condition des femmes dans laquelle certaines femmes s’enferment elles-mêmes, elle parle du “viol de lui-même par lui-même”. Des mots et des thèmes encore tabous qui ne semblent pas freiner la jeune femme de 30 ans. Un coup de chaud ? Pourquoi pas se mettre nu ? C’est que la Française fait sans complexe. “En réalité, c’est quelque chose que je fais assez souvent. Quand j’ai chaud, je me mets torse nue comme les hommes, se marre Solène, mais on est à Berlin et le rapport à la nudité est beaucoup plus décomplexé qu’en France”. Et c’est très certainement cette liberté d’actions et d’expressions qui rendent le show aussi original et intéressant.

Intéressant également, si ce n’est encore plus, pour ses multiples talents. Solène jongle avec les instruments comme elle joue avec sa voie et s’exprime avec son corps. “Tant que je n’ai pas essayé un instrument, je ne peux pas le comprendre  et comme je suis fan d’orchestration, j’aime bien savoir comment les instruments fonctionnent ensemble”, explique Solène. Son petit dernier, la flûte. “On m’a ramené une flûte d’Inde et j’ai vraiment adoré, du coup j’en joue un peu aussi dans le spectacle”, s’amuse la musicienne. Ce dernier instrument complète ainsi la longue liste de ceux qu’elle maîtrise déjà, à des niveaux différents, tels que l’accordéon, son synthé (qu’elle apprend lorsqu’elle joue avec le groupe électro-pop allemand, Nachlader), du pandeiro, du ukulélé, ses compagnons de scène qu’elle n’oublie jamais d’apporter avec elle lors de ses solos.

 

 

De la logique dans le parcours
“J’ai tout d’abord passé un diplôme d’art appliqué en sculpture puis ai obtenu une licence de philosophie à Paris et à Berlin, à la Freie Universität, confie Solène, et, un jour, un ami m’a dit que mon parcours était, en réalité, plus ou moins logique”. De la pratique artistique à la formation de l’esprit, cela résume bien, en effet, l’activité principale de Solène qui se dit avoir toujours été intéressée par le spectacle. Arrivée à Berlin pour un séjour en erasmus, la Parisienne le savait, elle resterait après. “C’est seulement à Berlin que j’ai senti que c’était possible de me lancer dans cette voie, confie Solène, bon après, il faut aussi travailler !”, ajoute-t-elle en rigolant. Une première grande rencontre avec la troupe de comédiens et de marionnettistes de la compagnie berlinoise, Das Helmi, qu’elle rejoindra quelques années plus tard, la décide à entamer une carrière artistique. L’artiste en devenir fait ses gammes avec une batucada brésilienne, appelée Furiosa, avec qui elle joue en parallèle de l’accordéon qu’elle reprend. “J’ai une formation de conservatoire, mais j’étais pas bonne car c’était un rapport aliéné à la musique”, confie Solène. Après avoir participé à des projets “fous” en Europe de l’Est avec la troupe la Faaac, elle expérimente l’art de rue à l’aide de son accordéon dans différents pays, puis rejoint une compagnie de danse contemporaine (oui car Solène danse également!), la Zampa, avec qui l’artiste réalise son premier spectacle. L’ensemble de ces expériences la pousse à la création d’un show en solo sur lequel elle travaille lors de sa réinstallation à Berlin en été 2010. Les premiers titres de The lame music show naissent alors dans les mois, années qui suivront et sont, depuis quelques temps, présentés lors de spectacles dans différents lieux de Berlin, au gré des connaissances de Solène. Les prochaines représentations sont d’ailleurs prévues ce soir au Shoxxxboxxx à 18h, demain à The California Breakfast Slam à 19H pour la fête de la musique et ensuite le 3 juillet à Korsobad à Neukölln.

Et, à côté de ses projets collectifs, notamment avec das Helmi, Solène prépare un nouveau show, cette fois beaucoup plus axé sur la performance théâtrale mais dans lequel la musique aura toute sa place. Le nom reste encore à définir, le personnage principal, lui est déjà très vivant dans la tête de Solène. Elle s’appelle Emma Eisenstein, fût une une ethnologue suisse, que l’artiste a connu dans un grenier de Genève.. …mais ssshut…on vous en parlera dans un prochain article. Car une artiste comme Solène, qui mérite ce nom, on reparlera très certainement à Berlin mais aussi peut être bientôt en France.

 

Anaïs Gontier (www.lepetitjournal.com/Berlin) vendredi 20 juin 2014

 

 

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