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Emma Eisenstein, née à Genève en 1883 et décédée à New York en 1969 était ethnobotaniste, anthropologue et artiste. Inconnu du grand publique, son travail est le seul à documenter un peuple fascinant, exterminé dans les années 50 par les conséquences de la colonisation du Brésil, les Kôoutaoulôs.

Plantes et pornographie documente de manière protéiforme et ludique les recherches d’Emma Eisenstein sur les Kôoutaoulôs, leurs rapports sociaux, leurs rapports aux plantes; et les mettent en perspective comme matériaux d’un spectacle de danse et d’entre-sorts performatifs.

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Nous voulons présenter au public un triptyque mêlant art, science et histoire:

1- Une exposition présentant les dessins et photographies botaniques et érotiques d’Emma Eisenstein, des extraits de ses écrits et de ses archives sonores.

2- Un spectacle de danse contemporaine très librement inspiré de ce corpus d’archives.

3- Des entre-sorts/ spectacles intimistes, reprenant et explorant les pratiques et jeux sociaux, culturels, sensuels et thérapeutiques des Kôoutaoulôs entre les spectateurs et les performeurs.

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Nous possédons une masse conséquente d’archives, nous en présentons ici quelques extraits.

Des dessins ethnographiques, botaniques et érotiques réalisés par Eisenstein lors de ses séjours chez les Kôoutaoulôs puis en fin de vie alors qu’elle habite à New York et est atteinte de la maladie d’Alzheimer.  Présentés lors d’une exposition publique à la Galerie Projektraum Ventilator à Berlin en juin 2017. (Quelques vues globales de l’exposition ici.)

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Extrait de la thèse non publiée d’Eisenstein, Plantes et Pornographie:

” Les Kôoutaoulôs ne se nourrissent jamais seuls, ils partagent littéralement leur nourriture. A l’instar du paradis de la fable chinoise*, les individus ne portent pas la nourriture à leur propre bouche, mais à celles de leurs divers voisins. Les repas sont ainsi une ronde libre et sensuelle. Cette pratique pourrait leur avoir été inspirée par l’oiseau Totem qu’ils appellent Pikkitakôlô, nom qu’on pourrait traduire par “mon sang coule dans tes veines”. Le repas communautaire se déroule de la sorte: ils forment de petits groupes variables et mouvants autour d’assemblages de différents mets sur d’immense feuilles de bananier ou de Jokutundôle. Chacun prend une petite bouchée dans sa main et la porte à la bouche d’un de ses voisins…”

Extrait d’une lettre à Gertrude Stein:

” Chère amie, me voilà de nouveau confrontée à tant de découvertes, c’est passionnant. J’ai trouvé ici un peuple époustouflant. D’avoir présent à l’esprit et aux sens la diversité et l’ouverture des habitudes sexuelles et sensuelles de tant de femmes et d’hommes à travers le monde, il devient flagrant et même douloureux de constater à quel point nos mœurs européens sont rétrogrades et préjudiciables. Oui vous riez probablement, car après tout c’est moi qui suis chez les sauvages…Ah quelle bizarrerie digne d’études anthropologique sont notre belle société et notre grande civilisation tout entière…”

Pour l’exposition berlinoise, nous avons réalisé avec la participation de l’artiste plasticienne Solène Garnier, de l’inventeur Burkart Ellinghaus, de la neurobiologiste Lorna Zoor et du programmateur Lou Ngbaro, le premier prototype d’une machine conceptualisé par Eisenstein dans les années 50, le “Biorgasmatron”. Il transforme les réactions chimique se déroulant au niveau moléculaire de la plante en signaux électriques, qui à leur tour sont traités par un logiciel les associant à des samples de gémissement et autres enregistrements de terrains issus de la bibliothèque sonore d’Eisenstein. C’est une manière poétique de mettre en évidence les réactions d’une plante à son milieu et à ses modification, et de permettre une forme d’échange palpable entre l’homme et la plante. Voici une vidéo qui tente de présenter la machine, qui sera l’un des entre-sorts présentés lors du projet final.

 

Les autres entre-sorts incluront des massages sonores et sensoriels, des explorations gustatives, des transes collectives, des micro-danses etc…

Quant à la performance de danse au centre du triptyque, elle est en cours de fabrication. Elle est écrite, improvisée et interprétée par les danseurs Juliette Zanon et David Bougnot (cie Veiculo Longo), le musicien Benoit Bornes (collectif Martine à la Plage) et mis en scène par Solene Garnier (cie Das Helmi, Moulax…). Cette performance n’est pas du tout destinée à raconter ou expliquer la vie ou les recherches d’Eisenstein (c’est le rôle de l’exposition) ou à en reprendre les thèmes de manière directe, il faut la voir plutôt comme une rêverie, un fantasme qui pourrait avoir quelque chose à voir avec tout ça, mais surtout qui s’adresse à autre chose que la raison et parle un autre langage. Ce qui est sûr c’est que nous utiliseront beaucoup de musique, probablement des masques et quelques histoires, et qu’elle sera gonflée d’énergie sauvage et d’humour. Voici quelques extraits d’une toute première résidence de recherche, menée en 2016 au Collectif du Poulailler à Chemillé.

 



***En haut de page est présenté un collage sonore issu des archives personnelles d’Emma Eisenstein: 1-Flutes Kôoutaoulô (1926) 2-Interview d’Emma Eisenstein par Radio France (1956) 3-Cérémonie de la veuve, chez les Kôoutaoulô (1928) 4-Noel Rosa: Quem da mais, musique brésilienne (1930) 5-Jeune fille Kôoutaoulô avec des oiseaux (1926) 6-Cérémonie “Aê” des femmes Kôoutaoulôs (1928) 7-Emmanuel Kant à propos de la musique (1796) 8-Chiquinha Gonzaga: Corta-jaca, musique brésilienne (±1910)

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